Les ceintures de comportement

Les ceintures de comportement

Pourquoi un tel système?

Je ne crois plus à tous ces beaux systèmes de croix dans un cahier, remarques dans le journal de classe ou encore bons points. Je les ai tous essayés et je dois avouer que ce sont les ceintures qui m’ont permis de me sentir plus à l’aise avec un groupe classe. Et puis, avec ces « nouveaux élèves », ces « élèves mutants » qui forment nos nouvelles classes, est-ce parce qu’ils bavardent qu’ils n’écoutent pas?

En gros, il faut changer l’image du prof. On n’est plus au centre de toute l’attention. On n’est plus tout au haut de l’estrade à « sanctionner » l’élève. Je me souviens d’un groupe où je ne faisais que ça toute la journée. Un devoir non fait, hop une croix. Un mot trop fort, hop une croix. Un déplacement: hop une croix. C’est à devenir fou! Quelle perte de temps et d’énergie…

Dans la classe coopérative, j’ai compris que nous avions tous un rôle à jouer dans le groupe et à chaque rôle, une responsabilité. Un peu comme dans la vraie vie! 

L’importance d’établir le cadre de la classe

Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités.

Oncle Ben (Spider-Man)
spiderman

Si le professeur peut boire en classe, pourquoi pas l’élève? Si je peux parler dans la cour, pourquoi je ne peux pas dans les rangs? Si une voiture traverse au feu rouge, que peut-il se passer? Bref, les ceintures permettent de comprendre le pourquoi des règles et des lois imposées dans une école.  Car oui, tout groupe ne peut fonctionner sans des lois et des règles.

Les lois sont construites par l’équipe éducative et imposées aux élèves. Généralement, elles sont communes à toute l’école et vise la sécurité des élèves. Il est important de bien les expliciter au mieux afin qu’être comprises et respectées.

Les règles sont propres à chaque groupe classe. Elles sont établies par les élèves et leur enseignant. Elles visent le bon fonctionnement du groupe. C’est là que je place les ceintures de comportement.

Pour que les lois et les règles soient respectées, il faut définir des sanctions (et non des punitions qui s’apparentent à quelque chose d’imprévu, d’injuste). Les enfants les connaissent ! Et donc, quand ils ne respectent pas un point, ils savent très bien quelle sanction sera donnée. Un peu comme nous si nous brulons un feu rouge, on sait très bien que l’on peut se faire verbaliser.

On peut aussi proposer une échelle : à la 1ère remarque, un avertissement oral. A la seconde, un avertissement écrit (pour ma part, une gêne dans le plan de travail). A la 3e remarque, une sanction. Etc… Ainsi, peu importe la personne qui vient en classe, peu importe la personne visée, on suit un chemin balisé.

J’ai de nombreux enfants qui m’expliquent que c’est ce qu’ils apprécient dans ma classe : on sait ce qu’on peut faire et ne pas faire. Ce n’est pas injuste. Tout est défini à l’avance.

7 piliers pour grandir !

Tous les élèves ont une ceinture imaginaire qui indique où ils se trouvent au niveau du comportement.  Elles permettent aux élèves de progresser tout au long du cycle (sur 2 ans donc) et reposent sur 7 piliers importants dans la vie d’un élève : l’autonomie, l’organisation, le travail, la circulation, la responsabilité, la coopération et la prise de parole (j’avais lu ça sur le net et j’ai directement accroché à l’idée! Mais je ne sais plus où. Si le propriétaire se reconnait, je me ferais un plaisir de l’associer à cet article!). L’objectif est donc d’amener chaque élève à grandir et à devenir autonome et responsable dans sa vie d’étudiant, mais également dans sa vie de classe, à l’école, dans la société…

A chaque ceinture de couleur, les élèves respectent des devoirs (je dois…) et peuvent avoir des droits. Ces derniers sont définis avec les élèves en début d’année (raison pour laquelle les cases sont vides dans cet exemple).

Concrètement

Chaque élève commence avec une ceinture blanche en début de cycle. Ensuite, c’est lui qui décide de passer à la ceinture suivante lors du conseil de coopérative. Un élève lit les différents items à respecter et il entre alors dans une période d’essai (généralement 2 semaines dans ma classe).

A la fin de cette période, les élèves en conseil de coopération et le professeur valident ou non la ceinture. Cela permet ainsi de responsabiliser les uns par rapport aux autres. Des messages positifs sont bien entendus donnés afin de ne pas blesser la personne. Quand une ceinture est validée, l’élève colorie la grille, comme pour les autres ceintures de compétences.

Si l’élève ne réussit pas à maitriser les compétences de cette ceinture, la période se poursuit jusqu’au moment de la validation. Il peut demander conseil aux élèves de cette ceinture et une discussion avec le professeur permettra de mieux comprendre. On donne généralement un objectif précis à suivre.

Une ceinture verte ne peut redevenir orange. Dans le cas d’un comportement en désaccord avec la ceinture obtenue, le professeur donne une pastille rouge qui gèle tous les droits de l’enfant pour une période donnée. Il va devoir à nouveau prouver qu’il est capable de respecter les devoirs de la ceinture.

Enfin, de nombreux enseignants qui essayent les ceintures m’expliquent qu’il est très difficile de ne pas faire « grimper » les élèves très vite. Et oui ! Les enfants prennent ce principe comme n’importe quel autre dispositif (les passeports, les soleils/nuages/orages, les bons points…). Pour eux, s’ils respectent les devoirs une fois, souvent le jour du conseil, c’est bon ! Et bien non… L’enseignant est là pour expliquer qu’il faut bien maitriser ces devoirs… sur du long-terme ! Aussi, travaillant sur deux années, après un an, mes élèves gravitent autour de la ceinture orange et verte. On prend son temps !

5 Comments
  1. Bonjour,
    Après avoir découvert ton fonctionnement pour les ceintures de compétences, je me plonge dans les ceintures de comportement. Tout cela est bien pensé et, en plus, cela semble bien tourner ! Merci pour ce partage.
    Dans la pratique, comment t’assures-tu que les 7 items sont atteints ? L’enfant t’indique-t-il à l’avance qu’il se fixe comme objectif de passer à la ceinture suivante?
    D’avance, merci pour tes éclaircissements.
    Belle journée,
    Gaétane

    1. Merci Gaëtane. Dans la pratique, tout est discuté lors du conseil de coopération le vendredi en dernière heure. Le président annonce « Qui souhaite passer à la ceinture jaune? » et les élèves lèvent leur doigt (je demande également qu’un post-it soit déposé dans la boite du conseil afin que le président sache à l’avance qui se présente). Puis, le secrétaire lit les critères pour obtenir la ceinture jaune. Le président reprend la parole et on réfléchit ensemble à chaque cas. Attention que si l’élève a trop de gênes (sur le plan de travail), il ne peut demander à passer la ceinture suivante. Si un élève a quelque chose à dire en fonction d’un critère non respecté de la ceinture, il le dit. Le président prend à la fin du petit tour de parole une décision avec le reste de la classe. Je donne toujours mon aussi toujours mon avis. On passe ensuite au second élève et ainsi de suite… Si une ceinture n’est pas approuvée par le président, c’est que généralement il y a une bonne raison. On donne alors un contrat (souvent verbal) du genre: tu dois faire ceci (ou ne pas faire cela) pour ensuite passer une période test.

      Les élèves rencontrent plusieurs difficultés: d’abord, pour eux, le comportement rime avec le bavardage. En début de 5e, ils prennent conscience que le comportement est lié aux 7 piliers. On en parle beaucoup. Tant au conseil qu’en dehors. Ensuite, ils attendent généralement « la remarque de Monsieur ». Depuis toujours, ces élèves sont placés dans une démarche « pour faire plaisir à… maman, papa, le prof, etc… ». J’essaye donc de montrer que le comportement de chacun influence la vie de la classe, mais aussi le travail de chacun, au travers de la coopération. Enfin, j’essaye de freiner les ceintures. Les élèves pensent pouvoir obtenir la ceinture noire le premier trimestre. J’essaye quand même de montrer qu’on demander à ce que les critères soient respectés pendant une longue période, pas juste une fois!

      Mais cela m’est personnel… et je sais que tout n’est pas identique dans les autres classes qui les pratiquent 😉 Pour ma part, j’utilise les ceintures de comportement depuis une dizaine d’années et c’est cette « version » que je préfère et qui est le plus simple à gérer au quotidien.

      1. Merci pour ces explications, cela m’aide à voir comment cela passe concrètement pour pouvoir me l’approprier pour la rentrée prochaine.

  2. Bonjour « le prof », homme d’inspiration que je suis maintenant depuis deux ans.
    Merci pour ton site et tes nombreux posts twitter super intéressants.
    J’avais une question. Avec une classe très dissipée où le langage et le respect ne sont pas encore (du tout) acquis, rien que la ceinture blanche semble difficile à atteindre pour certains. Que ferais-tu pour les motiver ?
    Peut-on envisager certaines sous-étapes de ceintures ?
    Merci d’avance pour ta réponse et tes idées.

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