Et si je commençais?

« Quel boulot! » C’est souvent la première réflexion que j’entends quand on parle des ceintures. Elles ne doivent cependant pas vous effrayer, et c’est la raison pour laquelle j’ai préparé cet article en lien avec les autres de mon site. Pour les lire, il suffit de cliquer sur les liens!

Vous avez envie de commencer mais vous ne savez pas par quoi? Voici quelques pistes…

Un état d’esprit avant tout

Tout d’abord, il est important de souligner que les ceintures de compétences s’inscrivent dans la pédagogie institutionnelle en lien étroit avec les pédagogies coopératives. Aussi, il me semble primordial d’installer cette coopération dans votre classe avant l’utilisation de telles ceintures. Si vous souhaitez uniquement les proposer à vos élèves, celles risquent vite d’être prises comme un travail de dépassement, et c’est loin d’être le cas!

Alors c’est quoi la coopération? C’est un état d’esprit avant tout. Il n’y a pas un mode d’emploi créé à reproduire dans sa classe mais il existe autant de modèles que de classes coopératives. A vous d’adapter en fonction de votre personnalité et de votre public. Néanmoins, il y a des « pratiques » communes dans chaque groupe classe. Voici les miennes:

Vous l’aurez vite compris, les ceintures de compétences ne sont qu’un maillon de cette organisation dont le cœur est le conseil de coopération. Vous retirez un fil et tout est secoué, prêt à s’écrouler.

Si vous proposez un travail entre pairs (comme l’entraide), vos élèves auront besoin des ceintures de comportement (et non de compétences, on confond souvent!) pour connaitre les règles pour se déplacer, pour parler, … Si vous proposez des métiers, permettez à vos élèves de les exploiter lors des rituels mais aussi dans d’autres activités…

Il sera très difficile de permettre à vos élèves de travailler de manière autonome dans les ceintures de compétences sans avoir au préalable instauré ce climat de classe. Vous aurez compris que ce sont donc les compétences transversales qu’il faudra travailler en premier!

Les compétences transversales sont des ensembles intégrés d’attitudes, de démarches mentales et méthodologiques communes aux différentes disciplines à acquérir et à mettre en oeuvre au cours de l’élaboration des différents savoirs et savoir-faire. Leur maitrise vise à une autonomie croissante d’apprentissage des élèves. Décret Mission art5 (9°)

Le Programme Intégré Adapté aux Socles de Compétences (PIASC) nous dit que l’école doit favoriser entre autres le développement des compétences transversales relationnelles: essayer, prendre des initiatives, être critique face à soi-même, s’intéresser aux autres, savoir écouter, dialoguer, échanger, considérer la réalité des autres, coopérer, travailler en équipe, agir collectivement, négocier, comprendre les règles de vie, participer à leur élaboration, les respecter, jouer un rôle actif comme citoyen, …

La posture du professeur et des élèves va aussi changer. Sylvain Connac explique dans son livre « Apprendre avec les pédagogies coopératives » qu’il vous faudra passer, entre autres, d’une pédagogie de l’omnipotence du maître à une pédagogie de la coopération.

Prêt? Je commence!

Vous êtes décidés. Bravo! Vous allez voir, vous ne pourrez plus revenir en arrière.

1. Je pense à mon local

Avant tout, pensez à la disposition de votre local classe. Vous allez permettre à vos élèves de se déplacer, de travailler en groupes, d’utiliser des référentiels ou d’autres outils comme l’ordinateur. Il faut donc que votre local puisse permettre de telles activités. Pour ma part, je privilégie des tables groupées, des espaces désignés comme le centre de correction, la bibliothèque, les fichiers, … Enfin, tout est rangé pour donner la place à cette dissipation qui sera « contrôlée ».

2. Je mets en route la coopération

Je vous propose de mettre en place le conseil de coopération, les métiers en lien avec les rituels, les ceintures de comportement et le travail par pairs. Viendra ensuite le plan de travail. En dernier lieu, proposez à vos élèves les ceintures de compétences.

Le conseil de coopération est le cœur même de la classe coopérative. C’est l’organe qui permet à votre classe de vivre et d’évoluer. La parole est donnée à chacun, selon des règles très précises. On félicite, on critique, on fait des propositions. Le président les valide ou non, avec l’accord du groupe et du professeur qui n’est pas en retrait. C’est aussi là qu’on parle des métiers et qu’on valide les ceintures de comportement.

Les métiers responsabilisent chaque élève. Sylvain Connac explique que les élèves choisissent un métier qui donne une responsabilité. Ces métiers sont à apprendre. Il faut du temps. Ils ne sont donc changés qu’en cas de problèmes ou si les élèves veulent s’en dessaisir. Oui, oui! Ce ne sont pas des charges à changer chaque semaine… Les métiers sont également proposés par les élèves en conseil de coopération.

Les ceintures de comportement gèrent les droits et les devoirs des élèves. Ainsi, plus on a de responsabilités, plus on a de devoirs envers soi-même et les autres. Les métiers sont choisis en fonction de la ceinture de comportement. Ce sont les élèves qui valident, en accord avec le professeur, la nouvelle ceinture. Le professeur n’est donc plus le seul garant de la discipline en classe! C’est très important pour l’esprit de classe.

Le travail par pairs permet l’interaction entre les élèves et instaure ce climat de confiance. Pas de coopération sans ce travail fondamental. Le professeur autorise l’entraide pour une tâche. Les élèves experts aideront les élèves plus faibles. La peur de se tromper s’estompe. Chacun présente ses forces et ses défis. Un travail de tutorat peut être proposé en remédiation.

N’oubliez pas de penser que ce qui est fait en classe « doit sortir » afin de donner du sens. Aussi, n’hésitez pas à privilégier des situations d’échanges et de correspondances. Nous utilisons beaucoup le réseau Twitter pour échanger avec d’autres classes, mais aussi pour présenter ce que nous faisons (des photos, des courts textes, …). Freinet avait tout compris au siècle précédent!

 

 

 

3. Je donne un plan de travail

Dans un second temps, quand ce climat est instauré, vous pouvez introduire le plan de travail (PdT). C’est un outil qui devrait exister dans toutes les classes. En effet, quand je travaille, je me fixe un plan bien défini ainsi que des objectifs ciblés. Il devrait en être de même pour les élèves pour qu’ils apprennent ce qu’ils font, quand il le font et pourquoi il le font. Il existe autant de plans de travail qu’il existe de classes l’utilisant.

Il y a des années, j’avais commencé simplement: une feuille A4 reprenant des activités (feuilles d’exercices ou activités) à réaliser pour la semaine. Par exemple, dans mon horaire, je comptais continuer des entrainements sur les notions d’amplitude, de compléments du verbe et une analyse de paysage. Plutôt que de prévoir une période consacrée à chaque notion, je donnais 3 heures sur la semaine où les enfants devaient réaliser ces entrainements choisis par moi mais dans l’ordre qu’ils voulaient et selon leur rythme: certains commençaient par l’amplitude, d’autres par le complément du verbe,… certains mettaient 1 heure, d’autres les 3.

Mais il y avait quelque chose qui ne m’allait pas: premièrement, c’était moi qui choisissait les entrainements (qu’ils devaient tous réaliser! Où est la différenciation???) et ensuite, il fallait prévoir d’autres activités « de dépassement » pour les plus rapides. J’ai donc instauré des ateliers de manipulations, des lectures, … Malheureusement, le fossé se creusait de plus en plus entre les plus rapides et les plus faibles.  C’est pourquoi je me suis tourné vers les ceintures de compétences qui ne sont qu’un pas supplémentaire dans cette organisation. Néanmoins, j’ai travaillé comme cela pendant quelques années.

Je pense que le plan de travail reste l’outil INDISPENSABLE pour pratiquer de la différenciation simultanée, que vous soyez un professeur débutant, expert ou même un étudiant en stage.

4. Je propose les ceintures de compétences

Enfin, viendront les ceintures de compétences qui permettront de jalonner les compétences tout au long du cycle. Là aussi, il existe différentes sortes de ceintures, selon votre envie, votre motivation, votre temps, …

Les différents dispositifs

Pour ma part, comme je l’explique dans les articles consacrés aux 4 temps de l’apprentissage, et aux ceintures de compétences, je propose aux élèves de s’entrainer dans des fichiers. Quand ils se sentent prêts, ils me demandent à passer un brevet qui, réussi, leur permettra d’accéder à la couleur suivante. Les élèves vont ainsi « personnaliser » leur apprentissage: certains élèves feront plusieurs fiches d’entrainement, d’autres, se sentant déjà prêts, n’en feront aucune! Des livrets de compétences et un plan de travail seront nécessaires pour les guider.

DocPIDAPINos voisins français peuvent s’abonner à la démarche et aux outils PIDAPI. Les élèves se préparent à passer un brevet, via une situation ou encore une feuille recto verso comprenant une évaluation diagnostique, des entrainements et l’évaluation. La démarche Pidapi est construite et initiée par des enseignants de classes coopératives, et regroupe une série d’outils d’apprentissage et d’évaluation déclinant les compétences en mathématiques et en français selon des couleurs de ceintures.

François Lamoureux, un « Maître des écoles » (c’est comme ça qu’ils disent en France… j’adore!) s’est associé avec d’autres instituteurs pour créer leur propre version des ceintures de compétences. En gros, leur démarche est plus ou moins la même que celle de Pidapi: les élèves peuvent réaliser une activité (une fiche ou autre) qui sera un entrainement et/ou une évaluation diagnostique ou sommative selon le contexte. Il va même jusqu’à rendre le dispositif complètement numérique! Je n’en dis pas plus et vous invite à le lire sur son excellent site.

Concrètement

Quand j’ai commencé les ceintures de compétences, j’ai proposé à mes élèves 2 ceintures: les ceintures des tables et de conjugaison. Elles me permettaient ainsi de me faire mon propre avis sur le système. Mais il m’a fallu très vite en proposer d’autres puisque les élèves « avançaient » trop rapidement (de la jaune à la verte en quelques jours) et puisque je n’avais pas suffisamment de fiches d’entrainement pour 25 élèves. A refaire, je proposerais plusieurs ceintures: cela permettrait le choix, la diversité et surtout, la logique que les ceintures ne sont pas un dépassement mais entrent bien dans l’apprentissage.

J’ai commencé par construire mes livrets de compétences avec l’aide de nos programmes belges et de mon ancienne progression du cycle 4.  Je me suis concentré sur un domaine (par exemple: grandeurs) et j’ai « découpé » les matières en 6 paliers. Nous retrouvons les compétences au-dessus. La matière est indiquée le plus simplement possible afin que les élèves comprennent le « langage pédagogique ». Dans ma première version, toute la compétence était indiquée. Mes élèves étaient perdus! GRANDEURSPensez à trois points importants en construisant vos livrets:

  1. Toutes les matières n’entrent pas dans le dispositif.
  2. Les matières sont abordées horizontalement (chronologiquement ou case après case) mais aussi verticalement! C’est pourquoi le système est complexe: à chaque nouveau brevet, on reprend les notions de la ceinture précédente! Et c’est ça qui fait la force d’un tel dispositif!!!
  3. Pensez bien à créer des liens entre les livrets: si les pourcentages sont abordés dans la ceinture bleue en GRANDEURS, il faudra également les aborder dans la même couleur en NOMBRES & OPERATIONS.

Pour aller plus loin, je vous invite à lire deux livres de Sylvain Connac et ceux de ma bibliothèque.

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C’est la rentrée

Avant le grand jour, vérifiez que tout est prêt et disponible: les fichiers d’entrainement sont dans des classeurs, les fichiers correctifs « corrigés! », les brevets photocopiés, les centres visibles par tous, … car lorsque les élèves auront goûté aux ceintures, ils ne vous lâcheront plus! Chaque jour, j’ai une bande « affamée » d’élèves qui me « harcèlent » pour savoir s’ils ont réussi ou non les brevets de la veille, pour les voir et les corriger… N’est-ce pas là ce qu’on attend de l’école, un lieu où les élèves ont envie d’apprendre et de grandir?

Je vous invite à partager ici vos questions ou votre expérience personnelle afin d’aider les prochains lecteurs à nous rejoindre dans cette aventure!

N’hésitez pas non plus à prendre contact avec moi si vous êtes désireux de rejoindre la « team » belge des ceintures…

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